Le samedi 5 novembre
Ma banlieue qui se déchire
J'ai peut-être été un peu sommaire avec l'entrée précédente, alors je vais être un peu plus bavard ici.
Cela fait maintenant 23 ans que je vis à Noisy le Grand, dans le sud de la Seine Saint Denis. J'ai pu assister à la descente aux enfers de mon quartier jusque dans les années 90 puis à sa lente remontée ces dernières années. J'ai pu assister à la descente aux enfers de mon collège, je n'y suis pas resté assez longtemps pour apprécier la suite des évenements. J'ai pu assister à la réussite de mon Lycée, coincé entre les quartiers du Pavée Neuf, du Mont d'Est de Noisy, et de la Résistance de Neuilly. Cette réussite est notamment du à l'esprit de tolérence et d'ouverture qui y reignait. Il me manque peut-être le recul d'une vie "à l'extérieur", mais j'étais quand même aux premières loges pour y voir comment ça se passait ici.
Les ennuis de mon quartiers se sont subitements interrompus le jour où l'on a changé de de syndic et de bailleur principal. À ce moment, de très gros travaux de réhabilitation ont été effectués (changement des portes, rénovation des halls, et de tous les locaux communs, peinture dans les escaliers, changement des ascenseurs, nouvel ensemmage des pelouses, télé par satellite). C'est à ce moment aussi que tous les locataires insolvables ont été expulsés. On pourrait croire que ce dernier point est néfaste, mais il a permis à tout le monde de comprendre que c'est avec les loyers des habitants que les gros travaux ont été effectués. Que faire des gens expulsés ? En général, personne ne se pose de question à leur sujet. C'est bien dommage, parce que c'est principalement cette population qui pose problème. Leur relogement devrait passé par une resocialisation complète, mais c'est le genre de chose plus facile à dire qu'à faire.
Depuis, ce n'est pas marrant tous les jours, mais ce cadre de vie a évité à mon quartier de devenir une espèce de zone de non-droit. Cela est également due à la faible population du quartier (celui-ci habrite moins de 700 logements, à comparer aux 3000, et autres 4000). Le sort du Pavé Neuf, acceuillant bien plus de monde et n'aillant pas bénéficié de la même impulsion que le Mont d'Est, est bien moins enviable : même si ce n'est pas encore la "zone", la délinquance y est bien plus présente qu'au Mont d'Est. Le résultat probable du regroupement massif d'une population accumulant les problèmes (problème de langue, manque d'intégration, chômage généralisé, pauvreté, etc.) se traduit en général par le développement d'une économie souteraine qui partage bien des attributs d'une mafia. Et Noisy le Grand n'est rien par rapport à d'autres villes de Seine Saint Denis.
Pendant de longues années, les hommes politiques de tout bord n'ont pas pretés attention aux différents signaux envoyés par tous les observateurs de ce qu'on apelle "citées", doux euphémisme pour qualifier ces abbérations. Après tout, les gens qui vivent dedans ne votent pas, par désinterêt ou tout simplement parce qu'il n'en n'ont pas le droit. Alors à quoi bon améliorer leur sort ? De toute façon, il n'y a plus de sous. La nature humaine étant ce qu'elle est, un mode de financement alternatif[1] a fait son apparition. (Au moment où j'écris ces lignes, un hélicoptère vient de passer tous feux éteinds) Évidemment, ce nouveau circuit financier s'affranchie completement des lois de la République, et trouve sa main d'oeuvre parmis tous les gens désoeuvrés de ces quartiers.
Et le problème est là : la jeunesse des banlieues est confronté à un choix : soit elle tente de sortir de ce guéppier, bercée par les discours républicains loins des réalités, soit elle rentre dans le système. Et dans cet univers, le système, c'est la délinquance.
Les solutions de l'époque auraient été de dissoudre ces grands ensembles, et de respecter les promesses de liberté et d'égalité claironnés à qui veut bien l'entendre, voir même (et c'est là le plus dur), d'instiller une certaine fraternité entre les Français-qui-ressemble-à-des-Français, et les Français-issus-de-l'immigration. Mais c'est dur d'accepter qu'une partie de son salaire aille à plus pauvre que soit (et oui, c'est ça la fraternité, c'est payer des impôts pour les autres), et pire ! qu'une partie de celui-ci serve à des gens qui de toute façon ne travailleront jamais. Il faut dire que rien n'incite au travail dans ce bas monde. C'est tellement dur d'accepter de payer pour les autres que la plupart des gens préfèrent ignorer ce qui se passe dans ces quartiers, ou pensent à des solutions simples plus proche de la barbarie que de l'ouverture. Laissez faire, puis taper de temps en temps quand ça fait trop désordre au 20 heure, je considère en effet que c'est de la barbarie.
Les solutions actuelles qui permettraient de mettre fin à cette situation sont tellement loin des réalités de la France d'en haut qu'elles ne seront jamais mises en application. Commençons par la fin : le but est de mettre fin à cette mafia nouvelle génération. Les enquètes de police et les lois n'ont jamais montré leur efficacité dans ce domaine jusqu'à maintenant (le grand banditisme a toujours existé, à ce qu'il me semble, et tend même à se développer). Tout au plus une certaine forme de régulation molle sur le phénomène. Il ne s'agit pas d'incompétence, mais la difficulté de la tâche n'est pas compatible avec la rudimentarité des moyens. Que faire dans ce cas ? Décréter l'état d'urgence ? Je ne pense pas que cela change quoique ce soit, si ce n'est les abus manifestes (comme ceux de la vidéo). Donner plus de moyens ? C'est peut-être une piste, en privilégiant l'investigation, les enquètes riguoureuses et transparentes (et non pas les forces de repressions qui ne sont qu'un pansement sur une hémoragie). Malheureusement, cela augmente d'autant les risques de bavure et la transformation en un État policier.
Une autre approche consisterait à supprimer son objectif. La délinquance urbaine vend entre autre de la drogue. En légalisant la vente de drogue (ou plus précisement en la nationalisant), on coupe l'herbe sous le pied des dealers, et c'est une précieuse manne financière qui disparait. On peut aussi agir sur la main d'oeuvre : rendre plus interessant le travail légal. Encore un voeux pieux, quand on voit comment ça fonctionne dans les entreprises.
On en est à tenter de décourager le travail illégal. (L'hélicoptère au dessus se trouve être un équipement des pompiers, que je salue pour leur remarquable courage ! Pour la petite histoire, ça cramme fort derrière le Pavé Neuf, hier c'était les poubelles en bas) Si la piste du travail légal n'est pas exploitable, il faut bien leur trouver quelque chose à faire, qui soit plus rentable que la vente de drogue. C'est la condition pour l'arrêt de ces traffics.
Dans tous les cas, il n'y a pas de solution miracle, il faudra y consacrer des moyens à perte si l'on veut que tout cela cesse un jour.
Pour finir, sachez que ça brule en bas de chez moi, et que d'apres Adrien, les "racailles" locales n'ont qu'une seule idée en tête : que Noisy le Grand passe à la télé. C'est tout aussi désespérant que les déclarations de Nicolas Sarkozy.
Notes
[1] Vous voyez, pas besoin d'être journaliste pour manier l'euphémisme !
1. Le samedi 5 novembre à 23:09, par Adrien
2. Le dimanche 6 novembre à 02:24, par Thibault :: site
3. Le mardi 8 novembre à 17:57, par La Mort
4. Le jeudi 10 novembre à 10:11, par Emmanuel / galaxy
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